9.21.2017

A-t-on découvert la tombe du premier historien des Amériques ?

Alors qu'un groupe d'hommes travaillait sur le site d'un d'une construction religieuse vieille de plusieurs centaines d'années, par hasard, en retirant une couche de terre, ils ont découvert une crypte, enfouie sous les décombres.

L'histoire remonte à l'année 1992, lorsque des travaux étaient en cours pour transférer le panthéon où Christophe Colomb était inhumé depuis la cathédrale de Saint-Domingue, la capitale de la République Dominicaine. Le projet faisait partie des nombreux évènements organisés cette année là pour commémorer l'arrivée du marin dans les Amériques cinq siècles plus tôt.

A-t-on découvert la tombe du premier historien des Amériques ?
 Le site de ce que l'on pense être le tombeau de Gonzalo Fernández de Oviedo, dans la cathédrale de Santo Domingo. Photo: Victor Siladi

Mais, de manière tout à fait inattendue, une autre tombe fut découverte.

A quelques mètres sous le mausolée du marin italien, il y avait une crypte avec une voûte en brique endommagée mesurant 8.46m sur 3.80m.


Qui était donc la personne, incontestablement illustre, enterrée dans un endroit aussi précieux ?


Esteban Prieto Vicioso, conservateur à la cathédrale Notre-Dame de l'Incarnation, rapporte que les éléments font poindre vers Gonzalo Fernández de Oviedo, un nom négligé et pourtant important.

On lui attribut l'écrit du premier rapport sur les Amériques, à la demande de Charles V. Jusqu'à sa mort, à 80 ans, Fernández de Oviedo a écrit sur le premier voyage vers les Amériques de Christophe Colomb en 1492, et jusqu'à la rébellion de Pizzaro en 1549. Il a aussi détaillé la géographie, les plantes, les animaux et habitants du continent.

"Nous savons que jusqu'au milieu du 16ème siècle il y avait un autel dédié à Sainte Lucie construit sur les instructions d'Oviedo, et, juste en dessous, il a ordonné la construction d'une voûte, où il fut enterré" rapporte Prieto Vicioso, "il n'y a pas de preuve documentaire que son corps a été déplacé d'ici".

Gonzalo Fernández de Oviedo
Portrait de Gonzalo Fernández de Oviedo

L'équipe de restauration de la cathédrale, la première à être bâtie dans les Amériques, essaye d'amasser des fonds pour fouiller la crypte, ce qui devrait permettre, espèrent-ils, d'identifier Oviedo. Ils pensent qu'ils trouveront une clé en fer dans la tombeau qui serait celle de la forteresse de Saint Domingue, dont Oviedo fut le gouverneur au cours des 25 dernières années de sa vie.

Enfin, un détail particulier devrait définitivement établir si la tombe est celle d'Oviedo; ce serait une marque sur le crâne: il reçu lors d'une bagarre avec un autre espagnol, un coup de couteau à Darién Gap, dans ce qui est aujourd'hui Panama.


Un rôle important dans la conquête du Nouveau Monde.


Bien qu'il ait été largement oublié par les historiens, Gonzalo Fernández Oviedo a joué un rôle clé dans la conquête des Amériques, ainsi que dans la reconquête de l'Espagne: il accompagna les monarques catholiques quand ils sont entrés à Grenade le 6 janvier 1492 après la défaite du dernier royaume maure en Espagne.

Il fut aussi présent les années suivantes lorsque Christophe Colomb rencontra les dirigeants Isabelle et Ferdinand au retour de son premier voyages aux Amériques.

Il partit en Italie, où il rencontra Léonard de Vinci et des membres influents de la famille Borgia. Plus tard, il devient secrétaire de Gonzalo Fernández de Córdoba, un important navigateur.

Il fait son premier voyage aux Amériques en 1514, avec une expédition menée par Pedrarias Dávila. Il fut le témoin de l'ancienne rivalité avec Vasco Núñez de Balboa, le premier européen a atteindre le Pacifique via les Amériques, et qui aurait été exécuté par Dávila en 1519.

Oviedo est retourné en Espagne en 1526, où il publie La Natural historia de las Indias qui connut un succès immédiat et fut traduit en anglais, français et italien, et il est encore lu par les étudiants de nos jours.

En 1532, Charles V le nomma chroniqueur officiel des Indes et gouverneur de la forteresse de Saint Domingue. Il passa le reste de sa vie à Saint Domingue dans une petite maison remplie de livres sur les rives de la rivières Ozama, qui traverse la capitale. Il écrivit aux gouverneurs et serviteurs de la couronne sur le vaste empire américain d'Espagne et les rencontra lorsqu'ils étaient de passage sur l'île.

Ses recherches ont été répertoriées dans La General y natural historia de las Indias, dont la première partie fut publiée en 1535, alors que les deux volumes restants ne sont sortis qu'au milieu du 19ème siècle..

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9.20.2017

Cycle de conférences "Archéologie de la guerre: de la fouille à l’écriture de l’Histoire"


La Bibliothèque nationale de France (BnF) propose un cycle de conférences centré sur l'apport de l'archéologie française ou d'archéologues français à l'Histoire.

Ces conférences envisage de traiter différents aspects de l’archéologie de la Guerre, au sens large (étude d’objets, fouille, archéologie des textes...). 

Co-organisé par la Bibliothèque nationale de France et la direction desétudes de l’Ecole française d’Athènes, l’idée est de montrer à travers l’exposé de travaux récents comment archéologie, matériel archéologique ou épigraphie dialoguent pour créer un discours historique.


Mercredi 11 octobre 2017 18h30-20h00
L’archéologie de la Grande Guerre
Par Gilles Prilaux, ingénieur de recherche à l’INRAP


Mercredi 22 novembre 2017 18h30-20h00
Les fouilles de fortins du désert oriental en Egypte
Par Bérengère Redon, spécialiste de l’Egypte, CNRS


Mercredi 20 décembre 2017 18h30-20h00
Archéologie de la bataille de Sellasie (222 av. J.-C.) : entre sources antiques et réalités du terrain
Par Jean-Christophe Couvenhnes, université Paris IV



Lieu:
François-Mitterrand – Salle 70 Quai François-Mauriac - Paris 13e
Entrée libre 

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9.18.2017

La célèbre tombe d'un guerrier Viking était celui d'une guerrière

La guerre n'était pas une activité exclusivement masculine dans le monde Viking. Une nouvelle étude menée par des chercheurs des universités de Stockholm et d'Uppsala a révélé que les femmes pouvaient avoir des rangs hauts placé sur les champs de bataille.

Charlotte Hedenstierna-Jonson, qui a conduit l'étude, explique que "ce que nous avons étudié n'était pas une Valkyrie des romans mais une réelle cheffe militaire".

La célèbre tombe d'un guerrier Viking était celui d'une guerrière
llustration par Evald Hansen basée sur le plan original de la tombe Bj 581; publiée en 1889

L'étude a été menée sur l'une des tombes les plus emblématiques de l'Âge Viking. Elle contient les restes d'un guerrier entouré d'armes, dont une épée, des flèches perce-armure et deux cheveux. Il y avait aussi un ensemble complet de pièces de jeu et un plateau de jeu. "Le jeu indique qu'elle était officier" rapporte Charlotte, "quelqu'un qui travaillait la tactique et la stratégie et qui pouvait mener les troupes dans une bataille".

La guerrière a été inhumée dans la ville Viking de Birka au milieu du 10ème siècle.

Les analyses isotopiques confirment un mode de vie itinérant, bien en phase avec la société martiale qui dominait le nord de l'Europe du 8ème au 10ème siècle.

Anna Kjellström, qui a aussi participé à l'étude, s'était intéressée à à la tombe auparavant. "La morphologie de certains traits squelettiques suggèrent que c'était une femme, mais comme c'était (officiellement) le spécimen type d'un guerrier Viking pendant plus d'un siècle, nous avions besoin de confirmer le sexe de quelque façon que ce soit". Et c'est pourquoi les archéologues se sont tournés vers les génétique pour récupérer une identification sexuelle moléculaire basée sur les chromosomes X et Y.

De telles analyses peuvent être utiles d'après Maja Krezwinska: "utiliser l'ancien ADN pour l'identification sexuelle est utile lorsque nous travaillons sur des enfants par exemple, mais cela peut aussi nous aider à résoudre des cas controversés comme celui-ci." Elle a donc pu confirmer l'identification morphologique du sexe avec la présence de chromosomes X et le manque de chromosome Y.

Le dessin est une reconstruction de ce à quoi devait ressembler la tombe à l'origine. Illustration de Þórhallur Þráinsson (© Neil Price).

Jan Storå, qui a aussi participé à l'étude, réfléchit sur l'histoire du matériel: "cette tombe a été fouillée dans les années 1880 et a servi depuis de modèle pour un guerrier Viking professionnel. Surtout, ce sont les biens de la tombe qui ont cimenté cette interprétation depuis plus d'un siècle." On a supposé qu'elle était un homme pendant toutes ces années.

"L'utilisation de nouvelles techniques, méthodes, mais aussi des perspectives critiques renouvelées, montrent le potentiel de la recherche et la valeur scientifique des collections de nos musées".

L'étude a été faite à partir du projet ATLAS, qui est un effort conjoint des universités de Stockholm et d'Uppsala financées par Riksbankens Jubileumsfond (fondation suédoise pour les sciences sociales et humaines) et Vetenskapsrådet (conseil de recherche suédois), afin d'étudier l'histoire génétique de la Scandinavie.

L'article "A female Viking warrior confirmed by genomics" a été publié dans l'American Journal of Physical Anthropology: http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ajpa.23308/full

Merci à Quentin pour l'info !


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9.14.2017

Un sceau en plomb résout un mystère du 13ème siècle en Russie

Des fouilles archéologiques de sauvetage menées dans le centre de la ville russe de Yaroslavl avant l'installation d'un nouveau système d’égouts ont mis au jour un ancien sceau en plomb du début du 13ème siècle.

Un sceau en plomb résout un mystère du 13ème siècle en Russie

 Le sceau après restauration. photo: Institute of archaeology Academy of Sciences

Il avait appartenu à l'épouse de Vladimir Sviatoslavitch (ou Vladimir Le Grand) et mère de Iaroslav le Sage.

Grâce à cette découverte, on connait maintenant le nom de la Grande Duchesse qui était Maria.

"Dans la Russie médiévale, tous ceux qui avaient une position d'autorité (grands princes et princesses, et les hauts rangs du clergé) avaient leur propre sceau, qui était apposé sur tous les documents officiels et décrets. Nous avons plusieurs milliers de tels sceaux datant de l'ère pré-mongole, mais en trouver un ayant appartenu à une femme est cependant très remarquable" précise le Dr Pyotr Gaidukov, directeur adjoint de l'Institut d'Archéologie.

Le Dr Gaidukov fait autorité sur les timbres et les sceaux de la Rus' de Kiev, et est responsable de cette récente découverte. Le sceau a été trouvé dans Yaroslavl lors des travaux préliminaires pour la mise en place d'un nouveau système d'assainissement au Mitropolichy Palat (Chambre Métropolitaine des Évêques), la plus ancienne structure de la ville.

Le centre de Yaroslavl a récemment marqué son millième anniversaire; c'est un site du patrimoine fédéral qui relève également de la protection du patrimoine de l'UNESCO. Ce statut spécial signifie que tout travail de construction dans le centre ville doit avant tout faire l"objet d'une inspection archéologique (l'équivalent des fouilles préventives en France).


Une découverte de grande importance.


La Dr. Asya Engovatova qui a dirigé les fouilles a aussi trouvé de nombreux fragments de récipients en verre importés, et même les restes d'une construction en bois qui devait être très grande pour les 12ème et 13ème siècle.

Ces découvertes donnent aux archéologues des raisons de croire que près de la Chambre Métropolitaine, qui date du 17ème siècle, devait se tenir la célèbre cour du Prince Vsevolod. Il avait été tué en 1238 au cours de la légendaire bataille contre le chef de guerre mongol Batu-Khan sur les rives de la rivière Sit.

Le sceau en plomb a été trouvé en bon état, près des fondations de la structure en bois; il porte les images de Saint Contantine et Marie. Il a été mise au jour dans une couche culturelle datant du tournant du XIIIe siècle.

Le Dr Gaidukov a expliqué que les sceaux royaux au 12ème et 13ème siècles en Russie portaient généralement les images des saints patrons du propriétaire, d'après lesquels les dirigeants tiraient leur prénom.

Le fait que ce sceau montre à la fois un saint homme et femme signifie qu'il a appartenu à une princesse royale, puisque l'image de l'autre saint se référait à son mari. "La datation exacte de ce sceau, ainsi que de son lieu de découverte, nous donne des raisons de croire qu'il appartenait à la femme de Vladimir Le Grand (1186-1218)" rapporte le chercheur.

Le nom de sa femme était inconnu jusqu'à présent. Tout ce que l'on savait sur elle était que, après la mort de son mari, elle avait pris le voile sous le nouveau nom d'Agafya (Agatha).
"Cependant, l'image de Sainte Marie sur le sceau prouve que son nom de baptême était Marie. Enfin, la princesse mystérieuse a repris son nom." ajoute le Dr Gaidukov, "ce type de sceau en plomb était essentiel pour un dirigeant, il donnait autorité à tous les documents légaux, comme ceux qui confirmaient la propriété des terres. Une duchesse qui avait son propre sceau avait automatiquement le droit d'accorder des droits de propriété en son nom propre".

Le Dr Gaidukov conclu en soulignant que la découverte d'un sceau d'une telle important met en lumière le statut juridique de la femme dans la Russie pré-mongole.


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9.09.2017

A-t-on trouvé la clé pour déchiffrer le manuscrit de Voynich ?

Cela fait plus d'un siècle que des cryptographes, linguistes et autres chercheurs tentent de déchiffrer les textes du célèbre manuscrit de Voynich.

Le document, vieux de 600 ans, est décrit comme "le texte médiéval le plus mystérieux au monde". Il est rempli d'illustrations de plantes exotiques, d'étoiles et de mystérieuses figures humaines, ainsi que de nombreuses pages manuscrites dans une langue inconnue.

Un universitaire britannique vient de déclarer que ce document est en fait un manuel de santé pour les femmes.


Nicholas Gibbs, qui est un expert en manuscrits médicaux médiévaux, rapporte qu'il en est arrivé à cette conclusion après avoir découvert que le texte était écrit en ligatures latines qui décrivent les remèdes à partir d'informations médicales standard.

Les ligatures latines ont été développées comme des raccourcis d'écriture et ont été utilisées depuis l'époque grecque et romaine. Par exemple l'esperluette classique ("&") a été développée à partir d'une ligature provenant de la combinaisons des lettres latines "e" et "t".

Gibbs a publié un article dans le Times Literary Supplement (Voynich manuscript: the solution). Il y écrit qu'en étudiant le latin médiéval "il est devenu évident que chaque caractère dans le manuscrit de Voynich représentait un mot abrégé et non une lettre".

Il a ainsi découvert que les mêmes "mots dominants" apparaissaient dans les documents médicaux et le manuscrit de Voynich. De nombreux raccourcis semblent avoir été empruntés dans d'autres traités médicaux, rapporte-t-il.

Les images de femmes dénudées et de plantes médicinales suggèrent aussi que cela se réfère à l'aromathérapie, pratiquée par le guérisseur grec Hippocrate et le naturaliste romain Pline l'Ancien. Gibbs pense que les illustrations des remèdes végétaux, les cartes zodiacales et les instructions sur les bains thermaux indiquent que celui qui a écrit le document avait une bonne compréhension de la médecine médiévale.

Les bains pratiqués par les grecs, les romains et aussi à travers le Moyen Âge étaient une forme de santé et de guérison. Guérir les maux gynécologiques et autres maladies féminines impliquaient souvent de "prendre les eaux", que ce soit en se baignant ou en ingérant.


L'index manquant


Gibbs a aussi noté les cylindres percés (image ci-dessous), utilisés au moyen âge pour faire des infusions. Cette image correspond à celle d'un poêle dans un manuel écrit par le chirurgien et botaniste Hieronyus Brunschwygk (1450-1512).


Cependant, il n'est toujours pas capable de traduire entièrement les recettes. Le problème principal, dit-il, est qu'il manque les index du manuscrit. "Pour des raisons de brièvetés" écrit Gibbs, "le nom de la plante et du malaise étaient superflus dans le texte et pouvaient être trouvés dans les index correspondant à un numéro de page".

Le manuscrit est très réputé parmi les cryptographes et la datation au radiocarbone suggère qu'il a été écrit au début du 15ème siècle.

Le document qui appartient aujourd'hui à la Bibliothèque Beinecke de l'Université de Yale,  a eu plusieurs propriétaires avant qu'il ne se soit retrouvé entre les mains d'un libraire londonien appelé Wilfrid Voynich en 1912.

D'après Gibbs, Voynich était persuadé que le manuscrit avait été écrit par Roger Bacon. Bacon était un frère et un philosophe du 13ème siècle qui masquait ses œuvres avec un code afin que l'église ne puisse pas déchiffrer ce qu'il avait écrit.
Mais cette théorie a été écartée lorsque le manuscrit a été daté au radiocarbone entre l'année 1404 et 1438.  

Gibbs explique que comme personne n'a reconnu l'écriture, on a supposé que c'était un code. "Le problème est qu'aucun des cryptographes n'était historien; aucun ne connaissait de manuscrits médiévaux" rapporte-t-il. Il estime que le manuscrit montre une série d'ingrédients pour des recettes avec les quantités requises.

Si Gibbs a bien trouvé la clé, il ne reste plus qu'aux cryptographes et linguistes de se mettre à la tâche pour traduire l'ouvrage.

Merci à Eric pour l'info !

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9.08.2017

De la trigonométrie avancée sur une tablette d'argile babylonienne

En avril 2016, je publiais déjà un article sur la première tentative réussie pour donner une description mathématique précise de phénomènes astronomiques par les babyloniens bien avant que cela ne soit re-découvert en Europe au 14ème siècle (Les anciens babyloniens utilisaient la géométrie pour suivre Jupiter). 
 

De la trigonométrie avancée sur une tablette d'argile babylonienne
La tablette babylonienne Plimpton 322. Image: UNSW/Andrew Kelly

Aujourd'hui, des scientifiques de l'Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) ont découvert le but d'une célèbre tablette d'argile babylonienne vieille de 3700 ans: ce serait la table trigonométrique la plus ancienne et la plus précise au monde. Elle était probablement utilisée par d'anciens scribes mathématiciens pour calculer comment bâtir des temples et palais et construire des canaux.

Cette nouvelle étude montre que les babyloniens, et non les grecs, ont été les premiers à étudier la trigonométrie (l'étude des triangles), et révèle une sophistication mathématique ancienne que l'on ne soupçonnait pas jusqu'à présent.


Plimpton 322 révèle ses secrets


Appelée Plimpton 322, cette petite tablette avait été découverte au début des années 1900, dans ce qui est aujourd'hui l'Irak, par l'archéologue, académicien, diplomate et revendeur d'antiquités Edgar Banks (qui inspirera le personnage fictif d'Indiana Jones).

Elle a quatre colonnes et 15 rangées de nombres, écrits en écriture cunéiforme de l'époque, et utilisant un système de base 60 ou sexagesimal.

"Son plus grand mystère, jusqu'à ce jour, était son utilité: pourquoi les anciens scribes avaient accompli la tâche complexe de générer et trier les chiffres sur la tablette ? Notre étude révèle que Plimpton 322 décrit les formes des triangles à angle droit en utilisant un nouveau genre de trigonométrie basée sur des rapports, non des angles et des cercles. C'est un travail mathématique fascinant qui démontre un génie indéniable" rapportent les scientifique de l'UNSW.

Le scientifique Dr Daniel Mansfiel de l'UNSW avec la tablette Plimpton 322. Image: UNSW/Andrew Kelly

Cette nouvelle étude, du Dr Mansfield et du professeur agrégé de l'UNSW Norman Wildberger, a été publiée dans Historia Mathematica (Plimpton 322 is Babylonian exact sexagesimal trigonometry), journal officiel de la Commission Internationale sur l'Histoire des Mathématiques (ICHM).

Une table trigonométrique permet d'utiliser un ratio connu des côtés d'un triangle à angle droit pour déterminer les deux autres rapports inconnus.


Plimpton 322 est antérieure à Hipparque de plus de 1000 ans


L'astronome grec Hipparque, qui vécu vers 120 avant JC, a longtemps été perçu comme le père de la trigonométrie avec sa "table des cordes" sur un cercle considérée comme la plus ancienne table trigonométrique.

D'après le Dr Wildberger, "cela ouvre de nouvelles possibilités non seulement pour la recherche moderne en mathématiques, mais aussi pour l'enseignement des mathématiques. Avec Plimpton 322, nous constatons une trigonométrie plus simple et plus précise qui présente des avantages évidents par rapport à la nôtre. Il existe un trésor de tablettes babyloniennes, mais seule une fraction d'entre elles a été étudiée jusqu'ici. Le monde mathématique est en train de se rendre compte que cette culture mathématique ancienne mais très sophistiquée a beaucoup à nous apprendre."

Le Dr Mansfield a lu la tablette Plimpton 322 par hasard alors qu'il préparait du matériel pour les étudiants en mathématiques de première année à l'UNSW. Lui et le Dr Wildberger ont décidé d'étudier les mathématiques babyloniennes et d'examiner les différentes interprétations historiques de la signification de la tablette après avoir réalisé qu'il y avait des parallèles avec la trigonométrie rationnelle du livre du Dr Wiledberger "Divine Proportions: Rational Trigonometry to Universal Geometry by N J Wildberger (2005-09-20)".

Les 15 lignes sur la tablette décrivent une séquence de 15 triangles à angle-droit qui diminuent régulièrement en inclinaison. Le bord gauche de la tablette est cassé et les chercheurs de l'UNSW s'appuient sur des recherches antérieures pour présenter de nouvelles preuves mathématiques montrant qu'il y avait 6 colonnes à l'origine et que la tablette comportait 38 lignes.

Ils ont aussi démontré comment les anciens scribes, qui ont utilisé une base arithmétique numérique 60 similaire à notre horloge plutôt que le système de nombre 10 que nous utilisons, ont pu générer les nombres sur la tablette à l'aide de leurs techniques mathématiques.


La tablette n'était donc pas une aide pour les professeurs corrigeant leurs élèves


Les mathématiciens de l'UNSW  fournissent également des preuves qui remettent en cause la vue largement acceptée selon laquelle la tablette était simplement une aide d''enseignant pour vérifier les solutions des élèves aux problèmes quadratiques.

"Plimpton 322 était un outil puissant qui pouvait être utilisé pour pour l'arpentage des champs ou faire des calculs architecturaux pour construire des palais, des temples ou des pyramides à degrés" rapport le Dr Manfield.

La tablette, dont on pense qu'elle provient de l'ancienne cité sumérienne de Larsa, a été datée entre 1822 et 1762 avant JC. Elle se trouve actuellement dans le Rare Book and Manuscript Library de l'Université Columbia à New-York.

Merci à Audric pour l'info !

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8.25.2017

La découverte de Lavau: une nouvelle manifestation du phénomène “princier” (Vidéo)

En 2015, les archéologues de l'INRAP découvraient la tombe d'un prince celte datant du 5ème siècle avant JC, près de Troyes.

Il s'agissait d'un tumulus, de près de 40 mètres de diamètre, dans lequel se trouvaient le défunt et son char, reposant au centre d'une vaste chambre funéraire.

Dans la vidéo ci-dessous, qui s'est déroulée le 17 juin 2017, à l'École des chartes, une conférence revient sur cette découverte:

Conférence avec Bastien Dubuis (Inrap), Émilie Millet (Inrap) et François Mirambet (C2RMF) organisée dans le cadre des Journées nationales de l'archéologie 2017.

Merci à Audric pour l'info !

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8.24.2017

Les étrusques étaient d'habiles apiculteurs

Les restes carbonisés de nids d'abeilles vieux de 2.500 ans, ainsi que d'autres artéfacts apicoles, ont été découverts dans un atelier étrusque dans le nord de l'Italie.

Les trouvailles comprennent les restes uniques d'un miel de vigne produit par les apiculteurs itinérants le long des fleuves. "L'importance de l'apiculture dans le monde antique est bien connue à travers l'abondance de sources iconographiques, littéraires, archéométriques et ethnographiques" rapporte Lorenzo Castellano, étudiant diplômé de l'Institute for the Study of the Ancient World à l'Université de New York, et auteur principal de l'étude, "cependant, comme les nids d'abeilles sont périssables, des traces fossiles sont extrêmement rares" ajoute-t-il.

Les étrusques étaient d'habiles apiculteurs
Un morceau d'un des nids d'abeilles trouvé dans l'atelier étrusque; on distingue clairement la structure hexagonale. Photo: Credit: Lorenzo Castellano

Castellano et ses collègues de l'Université de Milan et le laboratoire de Palynologie et de Paléoécologie de l'Institut pour la Dynamique des Processus Environnementaux du Conseil de Recherche National d'Italie (CNR-IDPA) à Milan, ont découvert plusieurs nids d'abeilles carbonisés, des abeilles conservées et des produits dispersés relatifs aux abeilles sur le sol d'un atelier d'un centre de commerce étrusque. Il s'agit du site de Forcello, près de Bagnolo San Vito dans la province de Mantoue.


Les traces d'un miel de vigne


Datée aux alentours de 510 à 495 avant JC, la construction fut détruite par un violent incendie et fut plus tard scellée par une couche d'argile afin de pouvoir reconstruire par dessus. "Les trouvailles ont donc été préservées in situ, bien que très fragmentées et souvent déformées par la chaleur du feu" rapportent Castellano et son équipe.

Les chercheurs ont examiné du pain d'abeille (un mélange de pollen et de miel), des fragments de nids d'abeilles carbonisés, des restes d'Apis mellifera (abeille européenne) et une grande quantité de matériels résultant des nids d'abeilles qui ont fondu et se sont agglomérés ensemble.

Les étrusques étaient d'habiles apiculteurs
Les restes d'une abeille adulte (Apis mellifera) incorporée dans un morceau carbonisé de nid vitrifi. Photo Credit: Lorenzo Castellano

Les analyses chimiques et l'étude du pollen et des spores collectés sur le site ont confirmé la présence de cire d'abeille et de miel dans une grande partie de la pièce. De plus, ils ont constaté que le pollen provenant d'une vigne (Vitis vinifera) était abondant dans les échantillons de miel fondu et dans les fragments de nids d'abeilles, ce qui indique la présence d'un miel de vigne unique produit à partir de variétés de vignes pré-domestiquées ou anciennement domestiquées.

"Le pollen de vigne n'apparait pas dans le pain de miel, cela suggère que nous avons affaire à un miel de vigne préservé par carbonisation, ce qui est sans précédent." rapportent les chercheurs.

Aujourd'hui, le miel de vigne n'a rien à voir avec le miel produit par les abeilles, c'est une sorte de sirop produit en faisant bouillir le jus de raisin.


Pline l'Ancien en parlait déjà


Les analyses ont révélé d'autres aspects uniques concernant l'apiculture étrusque. La composition du pollen montre que les abeilles se nourrissaient de plantes, dont la vigne et le nénuphar frangé, dans un paysage aquatique, dont certaines n'étaient pas connues pour se développer dans la région.
Un tel scénario n'aurait été possible que si les apiculteurs avaient rassemblé les abeilles le long d'une rivière pour les transporter en bateau, amenant les abeilles et leurs ruches à des ateliers pour en extraire le miel et la cire d'abeille.

En effet, cette découverte confirme ce que l'érudit romain Pline l'Ancien a écrit plus de quatre siècles plus tard sur la ville d'Ostiglia, à environ 32 kilomètres du site. Selon lui, les villageois d'Ostiglia plaçaient simplement les ruches sur les bateaux et les transportaient à 8 km en amont pendant la nuit: "À l'aube, les abeilles sortent et se nourrissent, revenant chaque jour sur les bateaux, ce qui change leur position jusqu'à ce que, lorsqu'elles tombent dans l'eau sous leur propre poids, il est entendu que les ruches sont pleines, elles sont alors reprises et le miel est extrait" écrivait Pline.

Ces découvertes ont aussi montré le haut niveau de spécialisation en apiculture des étrusques. "Cela a également fournit des informations uniques sur l'environnement de l'ancienne plaine du Po et sur le comportement des abeilles dans un paysage pré-moderne" concluent Castellano et ses collègues.


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